Au début du IVe siècle, l’Église vit l’épreuve la plus violente de son histoire ancienne, puis, presque aussitôt, un renversement complet de sa situation.
La Grande Persécution
Le 23 février 303, l’empereur Dioclétien publie le premier de quatre édits contre les chrétiens. Il ordonne de détruire les lieux de culte, de saisir et brûler les Écritures et de destituer les responsables chrétiens. Les édits suivants visent le clergé puis l’ensemble des fidèles. La persécution dure jusqu’en 313.
Elle pose à chaque chrétien une question très concrète : quels livres cacher, et pour lesquels accepter de mourir ? La question du canon n’est plus une affaire de théologiens.
Martyrs et traditores
Certains résistent jusqu’à la mort et deviennent des martyrs. D’autres livrent les livres aux autorités : on les appelle traditores, ceux qui ont « livré ». Le mot a donné « traître ».
Après la persécution, que faire de ceux qui ont faibli ? En Afrique du Nord, la question déclenche la crise donatiste. Quand Cécilien devient évêque de Carthage, environ soixante-dix évêques numides l’excommunient, en partie parce que l’un de ceux qui l’ont consacré aurait été un traditor. Ils élisent Majorin, puis Donat. Les donatistes se veulent « l’Église pure des martyrs », la seule dont les sacrements sont valides. Pourtant, ils comptent eux aussi des traditores dans leurs rangs.
Constantin
En 312, Constantin se convertit, ou du moins se place sous la protection du Dieu des chrétiens. En 313, l’édit de Milan accorde la liberté de culte. Tout s’inverse : selon l’historien Jules-Marcel Nicole, il devient bientôt dangereux de ne pas faire partie de l’Église.
Constantin voit dans l’unité religieuse un moyen de stabiliser l’Empire et d’affermir son pouvoir. Il intervient donc directement. Saisi par les donatistes, il fait réunir des tribunaux d’évêques en 313, 314 et 316, qui donnent raison à Cécilien. Il convoque aussi des conciles et menace d’exil ceux qui refusent les décisions communes. Plus tard, en 347, son fils Constant ordonnera la dissolution de l’Église donatiste.
L’Église gagne la paix, des bâtiments et une influence nouvelle. Mais la frontière entre pouvoir spirituel et pouvoir politique devient floue.
Eusèbe et les cinquante Bibles
Constantin commande à Eusèbe de Césarée cinquante exemplaires des Écritures pour les églises de Constantinople. Il faut donc décider de leur contenu. Eusèbe, premier grand historien de l’Église, avait recueilli de nombreux témoignages. Il classe les livres en trois groupes :
- les homologoumena, reconnus par tous ;
- les antilegomena, connus de la plupart mais encore discutés ;
- les écrits à rejeter.
Son classement n’est pas parfaitement net, et certains y voient une hésitation entre l’historien et l’homme d’Église. Selon Bruce Metzger, c’est au contraire la marque de son honnêteté : il n’a pas imposé une classification trop propre à une réalité qui ne l’était pas.
Quelques décennies plus tard, en 367, Athanase publiera la liste de vingt-sept livres que nous connaissons. L’Église des premiers siècles laisse place à l’Église impériale.
À retenir
- La persécution de Dioclétien (303-313) vise les lieux de culte, les Écritures et les responsables.
- Ceux qui ont livré les livres, les traditores, sont au cœur de la crise donatiste.
- Avec Constantin et l’édit de Milan (313), il devient risqué de ne pas appartenir à l’Église.
- Constantin veut l’unité religieuse pour stabiliser l’Empire, et intervient dans les affaires de l’Église.
- Eusèbe de Césarée, historien de l’Église, classe les livres selon leur reconnaissance.
Pour réfléchir
- Qu’est-ce que l’Église a gagné et qu’a-t-elle perdu en devenant protégée par l’empereur ?
- Comment une communauté doit-elle accueillir ceux qui ont faibli dans l’épreuve ?
Pour aller plus loin
- Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livres VIII-X.
- Winrich Löhr, « Western Christianities », dans The Cambridge History of Christianity, vol. 2, 2007.
- Michel Christol et Daniel Nony, Rome et son Empire, Hachette, 2011.
