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Les Pères apostoliques

Après la mort des apôtres, leurs disciples prennent le relais. Qui étaient Clément, Ignace et Polycarpe, et comment ont-ils gardé l'héritage reçu ?

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Le christianisme n’est pas né comme une religion nouvelle. Pour l’historien James Sanders, il fut d’abord une secte juive. Les premiers disciples fréquentaient les synagogues, lisaient la Bible juive en hébreu ou dans sa traduction grecque, la Septante, et en reprenaient les noms : « livres saints », « saintes Écritures ».

Une chaîne de témoins

Les apôtres meurent les uns après les autres au cours du Ier siècle. Leurs disciples directs prennent alors le relais : on les appelle les Pères apostoliques. L’apôtre Jean fut le maître de Polycarpe, évêque de Smyrne, qui fut lui-même le maître d’Irénée de Lyon. Cette chaîne de transmission, la succession apostolique, garantit aux yeux des Églises la fidélité à l’enseignement de Jésus.

Pour Roger Olson, c’est avec ces hommes que la théologie chrétienne prend racine. Ils doivent répondre à de nouvelles questions, organiser des communautés et maintenir l’unité.

Clément de Rome

Vers la fin du Ier siècle, Clément, responsable de l’Église de Rome, écrit une longue lettre à l’Église de Corinthe, divisée par un conflit. Il y cite abondamment l’Ancien Testament, avec précision, à partir de la Septante. Il emploie des formules comme « l’Écriture dit » ou « il est écrit ».

Quand il évoque les paroles de Jésus, il écrit seulement « Souvenez-vous des paroles du Seigneur Jésus », et ses citations sont approximatives. Selon Bruce Metzger, il cite soit de mémoire, soit à partir d’un enseignement oral en usage à Rome. Pour lui, seuls les livres juifs méritent encore le nom d’« Écritures ».

Ignace d’Antioche

Ignace, évêque d’Antioche, est arrêté et conduit à Rome pour y être exécuté, au début du IIe siècle. En chemin, il écrit sept lettres aux Églises. Il y insiste sur l’unité autour de l’évêque : « l’évêque n’est rien de moins que le représentant de Dieu auprès de l’assemblée ». Il cite Paul plusieurs fois, mais l’essentiel de son message porte sur la communion de l’Église rassemblée autour de ses responsables.

Polycarpe de Smyrne

Polycarpe, disciple de Jean, meurt martyr vers le milieu du IIe siècle, à plus de quatre-vingts ans. Dans sa lettre aux Philippiens, il cite le Nouveau Testament deux à trois fois plus souvent qu’Ignace, en proportion de la longueur de ses écrits. Il appelle même les écrits de Paul « Saintes Écritures ». On voit là les écrits des apôtres commencer à rejoindre l’Ancien Testament.

Une autorité à trois voix

À cette époque, il n’existe pas encore de canon chrétien défini. L’autorité dans l’Église repose sur trois appuis : les paroles de Jésus, transmises surtout oralement ; les Écritures, d’abord l’Ancien Testament ; et les évêques, successeurs des apôtres. Ces trois voix vont être mises à l’épreuve par les controverses du IIe siècle.

À retenir

  • Le christianisme naît comme un mouvement juif. Ses premiers fidèles fréquentent les synagogues et lisent la Septante.
  • Les Pères apostoliques sont les disciples directs des apôtres, comme Polycarpe, disciple de Jean.
  • Clément de Rome cite l’Ancien Testament avec précision et les paroles de Jésus plus librement.
  • Ignace d’Antioche insiste sur l’autorité de l’évêque, Polycarpe sur les écrits de Paul.
  • C’est avec eux que commence une véritable réflexion théologique chrétienne.

Pour réfléchir

  • Qu’est-ce qui vous frappe dans le fait que les premiers chrétiens citaient Jésus de mémoire plutôt qu’à partir d’un livre ?
  • Ignace voit dans l’évêque le représentant de Dieu. Quels avantages et quels risques voyez-vous dans cette idée ?

Pour aller plus loin

  • Roger E. Olson, The Story of Christian Theology, IVP Academic, 1999, chap. 1-3.
  • Michael W. Holmes (éd.), The Apostolic Fathers, Baker Academic, 2007.
  • Jules-Marcel Nicole, Précis d’histoire de l’Église, Institut Biblique de Nogent, 2005.