Face aux controverses, une nouvelle génération d’auteurs prend la plume. On les appelle souvent les apologistes, de l’apologie, la défense argumentée. Ils ne se contentent pas de transmettre : ils expliquent, réfutent et organisent la foi.
Irénée de Lyon
Né en Asie Mineure, disciple de Polycarpe, Irénée devient évêque de Lyon vers 177. Son grand ouvrage, Contre les hérésies, vise surtout les gnostiques.
Son argument central porte sur les sources. Le système gnostique, écrit-il, « ni les prophètes ne l’ont annoncé, ni le Seigneur ne l’a enseigné, ni les apôtres ne l’ont transmis ». Ses adeptes tirent leurs idées d’ailleurs que des Écritures, et leur doctrine est récente. Les chrétiens, au contraire, ont reçu l’Évangile de ceux qui l’ont d’abord prêché puis mis par écrit « pour être le fondement et la colonne de notre foi ».
Irénée appuie cet argument sur la succession des évêques. Dans chaque grande Église, on peut nommer la liste des responsables depuis les apôtres. Ce n’est pas le livre seul qui garantit la vérité, mais la tradition publique qui le porte.
Il formule enfin la règle de vérité, un résumé de la foi que chaque catéchumène apprenait avant son baptême. Pour lui, même quelqu’un qui ne sait pas lire est sauvé par cette foi.
Tertullien
Juriste de Carthage, Tertullien (vers 160-220) est appelé le père du christianisme latin. Il forge une grande partie du vocabulaire théologique occidental, dont le mot Trinitas. Il qualifie les Écritures de divines, inspirées, sacrées et saintes.
Pour lui, l’Écriture est l’arme décisive : « Retirez aux hérétiques la sagesse qu’ils partagent avec les païens, et qu’ils appuient leurs recherches sur les seules Écritures : ils ne pourront plus tenir leur position. » C’est aussi lui qui donne son nom latin à la règle de foi : regula fidei.
Clément d’Alexandrie et Origène
À Alexandrie, grand centre intellectuel, Clément (vers 150-215) place l’Écriture au sommet de l’autorité, au point qu’Hans von Campenhausen l’appelle un « théologien scripturaire ». Toute doctrine doit en découler. Mais il ajoute que l’Église possède une manière non écrite de l’interpréter, qu’il appelle « règle ecclésiastique ».
Son successeur Origène (vers 185-254) est l’un des plus grands savants de l’Antiquité chrétienne. Pour lui, l’Écriture a un sens visible et un sens caché, que seule une lecture spirituelle, souvent allégorique, permet d’atteindre.
L’inspiration, un mot large
Ces auteurs tiennent l’Écriture pour inspirée. Mais ils ne réservent pas ce mot aux seuls livres de notre Bible. Clément d’Alexandrie considère comme inspirés la Didachè, la lettre de Clément de Rome, le Pasteur d’Hermas ou l’Apocalypse de Pierre. Plus tard, Grégoire de Nysse dira la même chose d’un commentaire de Basile sur la Création. Puisque l’Esprit habite l’Église, l’inspiration n’était pas vue comme un privilège exclusif de quelques livres.
À retenir
- Irénée répond aux gnostiques par l’argument de la source et la succession des évêques.
- Il formule la règle de foi, résumé de l’Évangile appris par chaque futur baptisé.
- Tertullien, père du christianisme latin, fait de l’Écriture l’arme décisive contre l’hérésie.
- Clément d’Alexandrie et Origène mettent l’Écriture au centre, tout en cherchant son sens spirituel.
- Pour ces auteurs, d’autres écrits que nos livres canoniques pouvaient aussi être inspirés.
Pour réfléchir
- L’argument d’Irénée repose sur des sources publiques et vérifiables. Est-ce encore un bon critère pour juger un enseignement ?
- Que contiendrait, selon vous, une « règle de foi » de quelques lignes pour notre temps ?
Pour aller plus loin
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livres I et III.
- Tertullien, Traité de la prescription contre les hérétiques.
- Stuart G. Hall, Doctrine and Practice in the Early Church, Eerdmans, 1992.
