Leçon 4 / 4

Retour aux sources, humanistes et réformateurs

Au XVIe siècle, on veut relire la Bible dans ses langues d'origine et selon son sens littéral. Ce mouvement change durablement la manière d'interpréter.

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Au tournant du XVIe siècle, un mot d’ordre circule parmi les érudits : ad fontes, retour aux sources. Il va transformer la lecture de la Bible.

Les humanistes et les textes originaux

L’Église d’Occident lisait la Bible dans la Vulgate, la traduction latine issue du travail de Jérôme. Or plusieurs savants montrent que cette traduction s’écarte parfois des originaux :

  • Lorenzo Valla, dans ses Annotationes, compare la Vulgate au Nouveau Testament grec et relève des différences.
  • Johannes Reuchlin, grand hébraïsant, montre que l’Ancien Testament latin s’éloigne de l’hébreu sur plusieurs points.
  • Érasme publie en 1516 le Nouveau Testament grec. Il écrit : « Qui veut être vraiment théologien doit retourner aux sources. » Dans sa préface, il souhaite que même les gens simples lisent l’Écriture dans leur propre langue.

Érasme ne rejoindra jamais la Réforme, car il refusait le schisme. Mais son travail a fourni aux réformateurs leurs outils.

Luther et le sens littéral

Jusqu’en 1519 environ, Luther cherche lui aussi le sens spirituel au-delà de la lettre. Puis il change : le sens littéral, bien compris, devient pour lui le chemin vers le sens que Dieu a voulu. Il ne s’agit pas de lire naïvement, mais de prendre au sérieux la grammaire, le contexte et l’intention de l’auteur.

D’autres réformateurs nuancent. Zwingli et Bucer soulignent que l’Esprit reste nécessaire pour comprendre, et parlent d’un double sens de l’Écriture. Luther lui-même en appelle à l’Esprit pour valider et interpréter le texte. Zwingli ajoute la philologie, Calvin le simple bon sens.

Le risque d’une lecture par chacun

Si chacun peut lire la Bible, chacun peut aussi la mal lire. L’historien Euan Cameron note que les réformateurs savaient le risque de voir des lecteurs peu formés « s’envoler dans les royaumes de la fantaisie ». Certains humanistes pensaient que le peuple n’en tirerait que des leçons morales simples. La réalité fut plus complexe.

Les réformateurs ont donc mis en place des filtres : catéchismes, prédication, confessions de foi. Surtout, ils ont fondé des écoles et des académies pour former des pasteurs capables de lire l’hébreu et le grec et de connaître l’histoire. Interpréter devient une compétence qu’on apprend.

Ce que cette histoire nous apprend

En quatre leçons, nous avons vu que l’Écriture a toujours été interprétée : par les lévites d’Esdras, par les rabbins, par Jésus et Paul, par les Pères, par les moines, par les réformateurs. Personne ne lit « sans lunettes ». Notre culture, notre Église et notre histoire influencent notre lecture.

Cela ne rend pas toute interprétation équivalente. Mais cela invite à l’humilité, à la formation et à la lecture en communauté. Les réformateurs l’avaient compris : mieux former les lecteurs reste le meilleur rempart contre les erreurs.

À retenir

  • Valla, Reuchlin et Érasme montrent que la Vulgate latine s’écarte parfois des textes hébreu et grec.
  • La devise d’Érasme résume l’esprit du temps, il faut retourner aux sources.
  • À partir de 1519, Luther privilégie le sens littéral comme accès au sens voulu.
  • Zwingli et Bucer insistent davantage sur le rôle de l’Esprit dans l’interprétation.
  • Les réformateurs créent des écoles, car interpréter demande des compétences, en langues et en histoire.

Pour réfléchir

  • Faut-il connaître l’hébreu et le grec pour bien lire la Bible ? Que peut faire un lecteur qui ne les connaît pas ?
  • Quel « filtre » votre Église propose-t-elle pour aider chacun à interpréter l’Écriture sans s’égarer ?

Pour aller plus loin

  • Euan Cameron, The European Reformation, Oxford University Press, 1991, chap. 7.
  • Roland H. Bainton, « The Bible in the Reformation », dans The Cambridge History of the Bible, vol. 3, 1963.