Leçon 3 / 4

Allégorie et règle de foi

Des premiers Pères aux théologiens du Moyen Âge, l'Église cherche un sens « plus profond » aux Écritures, tout en se donnant des garde-fous.

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Si Dieu parle dans l’Écriture, alors le texte peut contenir plus que ce que son auteur humain avait en tête. Cette conviction a ouvert la voie à des lectures très riches, et parfois très libres.

Irénée et Origène : chercher le sens caché

Irénée de Lyon (IIe siècle) est le premier auteur chrétien à lire de façon allégorique plusieurs écrits du Nouveau Testament. Sa raison est simple : ce n’est pas seulement un homme qui parle dans ces textes, c’est le Verbe de Dieu et son Esprit. Pour lui, que l’on comprenne ou non un passage, il reste parole de Dieu.

Origène (IIIe siècle) va plus loin. Les Écritures, écrit-il, « ont été écrites par l’Esprit de Dieu et ont un sens qui n’est pas seulement celui qui apparaît au premier regard, mais aussi un autre qui échappe à la plupart ». Pour lui, l’allégorie permet d’accéder à ce sens plus profond, et cette lecture n’est possible qu’au sein de l’Église.

Clément d’Alexandrie ajoute une idée importante : la tradition de l’Église contient une méthode non écrite pour interpréter l’Écriture, qu’il appelle « règle ecclésiastique ».

La règle de foi, un garde-fou

Comment éviter qu’une lecture libre ne dérive ? Irénée propose la règle de foi (Tertullien l’appellera regula fidei). C’est le contenu de la confession de foi que chaque catéchumène récitait par cœur avant son baptême : un Dieu créateur, le Christ incarné, mort et ressuscité, l’Esprit, le salut.

Cette règle résume tout le sens de l’Évangile. Même quelqu’un qui ne peut pas lire les Écritures est sauvé par la foi qu’elle exprime. Et toute interprétation qui la contredit est écartée.

Augustin : comprendre, transmettre, aimer

Dans De la doctrine chrétienne, Augustin distingue deux étapes : trouver le sens d’un texte, puis le faire comprendre aux autres. Il faut chercher ce que l’auteur biblique a voulu dire, mais cette recherche dépend des lumières que Dieu donne, pas seulement de l’intelligence du lecteur.

Augustin ajoute un critère décisif : toute l’Écriture vise l’amour de Dieu et du prochain (Matthieu 22:37-39). Une interprétation qui ne fait pas grandir cet amour n’a pas compris le texte. Il va jusqu’à dire que celui qui demeure dans la foi, l’espérance et l’amour n’a besoin de l’Écriture que pour instruire les autres.

Les quatre sens du Moyen Âge

Au Moyen Âge, ces intuitions se systématisent. On lit chaque passage selon quatre sens, résumés par une formule attribuée au dominicain Augustin de Dacie (XIIIe siècle) :

« La lettre enseigne les faits, l’allégorie ce que tu dois croire, la morale ce que tu dois faire, l’anagogie ce vers quoi tu dois tendre. »

Prenons Jérusalem : au sens littéral, c’est une ville ; au sens allégorique, l’Église ; au sens moral, l’âme fidèle ; au sens anagogique, la cité céleste.

Cette méthode a nourri des siècles de prière et de prédication. Mais elle avait un risque : laisser le sens spirituel s’éloigner de ce que le texte dit réellement. Les humanistes et les réformateurs réagiront précisément là.

À retenir

  • Irénée et Origène développent la lecture allégorique, parce que c’est Dieu qui parle derrière le texte.
  • La règle de foi, résumé de l’Évangile appris avant le baptême, sert de garde-fou à l’interprétation.
  • Augustin distingue deux étapes, comprendre le sens puis le transmettre, et place l’amour au centre.
  • Le Moyen Âge lit l’Écriture selon quatre sens, littéral, allégorique, moral et anagogique.

Pour réfléchir

  • L’allégorie permet de trouver le Christ partout. Où se trouve la limite entre méditation et fantaisie ?
  • Augustin dit que celui qui vit dans la foi, l’espérance et l’amour n’a besoin de l’Écriture que pour instruire les autres. Êtes-vous d’accord ?

Pour aller plus loin

  • Augustin, De la doctrine chrétienne, livres I et II.
  • Henri de Lubac, Exégèse médiévale. Les quatre sens de l’Écriture, Aubier, 1959-1964.
  • Élisabeth Parmentier, L’Écriture vive, Labor et Fides, 2004.