Les premiers chrétiens étaient juifs. Ils lisaient les mêmes Écritures que leurs voisins, souvent dans les mêmes synagogues. Mais ils les lisaient avec une conviction nouvelle : ce que ces textes annonçaient s’était réalisé en Jésus.
Une clé de lecture : l’accomplissement
Selon Klein, Blomberg et Hubbard, « l’accomplissement littéral par Jésus des prophéties de l’Ancien Testament » est le principe d’interprétation fondamental des premiers chrétiens. Jésus lui-même l’applique :
- À Nazareth, il lit Ésaïe 61:1-2 et déclare : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie » (Luc 4:18-21).
- Aux disciples de Jean, il répond en reprenant Ésaïe 35:5-6 : les aveugles voient, les boiteux marchent (Luc 7:22).
- Sur le chemin d’Emmaüs, il explique « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24:27).
Les Juifs attendaient encore le prophète semblable à Moïse, le fils de David, le serviteur du Seigneur. Pour les chrétiens, ces attentes étaient déjà accomplies. Ainsi, la pierre rejetée devenue pierre angulaire (Psaume 118:22) est identifiée à Jésus (Actes 4:11).
Le présent comme écho du passé
Une autre habitude, déjà présente dans l’Ancien Testament, se prolonge : les événements nouveaux sont lus comme des reprises d’événements anciens. Le retour de Babylone était un nouvel exode. Pour les chrétiens, la mort et la résurrection de Jésus sont la grande délivrance que les précédentes annonçaient. C’est ce qu’on appelle la typologie.
De là naît aussi l’idée que les prophéties étaient des mystères dont la solution attendait l’époque du Nouveau Testament. Cette conviction préparera le terrain de l’allégorie, très populaire plus tard.
Les six manières de lire de Paul
Paul cite l’Ancien Testament environ quatre-vingt-dix fois. Le théologien Gerald Bray relève chez lui au moins six méthodes :
- Littérale : Romains 7:7 cite simplement Exode 20:17, « Tu ne convoiteras point ».
- Midrashique : en Romains 3:10-18, Paul enchaîne plusieurs citations des Psaumes et d’Ésaïe pour construire un argument.
- Les règles de Hillel : en Romains 5:15-21, il raisonne « à plus forte raison » entre Adam et le Christ.
- Hors de leur contexte : en Romains 10:6-8, il applique à la foi au Christ des paroles de Deutéronome 30 qui parlaient de la Loi.
- Allégorique : en Galates 4:21-31, Agar et Sara deviennent deux alliances.
- Le pesher : en Colossiens 1:26, Paul parle d’un mystère caché depuis des siècles et maintenant révélé.
Paul n’avait donc pas une méthode unique. Il lisait en homme de son temps, formé à l’école des maîtres juifs, mais avec une conviction qui changeait tout : le Christ est la clé des Écritures.
À retenir
- Pour les premiers chrétiens, le principe de lecture fondamental est que Jésus accomplit les prophéties.
- Des textes comme Ésaïe 61 ou le Psaume 118 sont relus comme parlant du Christ.
- Les événements présents sont lus comme des reprises d’événements passés, par exemple un nouvel exode.
- Paul emploie au moins six méthodes d’interprétation, de la lecture littérale à l’allégorie.
Pour réfléchir
- Lire l’Ancien Testament à la lumière du Christ, est-ce enrichir le texte ou lui faire dire autre chose ?
- Quelle méthode de Paul vous semble la plus proche de la façon dont on lit la Bible aujourd’hui dans votre Église ?
Pour aller plus loin
- William W. Klein, Craig L. Blomberg et Robert L. Hubbard, Introduction to Biblical Interpretation, Word, 1993.
- Gerald L. Bray, Biblical Interpretation. Past and Present, IVP Academic, 2000.
