Leçon 3 / 4

Le pape, le Magistère et la tradition

Au Moyen Âge, l'autorité d'interpréter se concentre à Rome. Comment en est-on arrivé là, et quels arguments justifient cette évolution ?

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Pour comprendre la Réforme, il faut d’abord comprendre ce qu’elle contestait. Cette leçon présente l’évolution de l’autorité dans l’Église d’Occident, et la logique catholique qui la soutient.

La montée de la papauté

Sous Constantin, la papauté telle qu’on la connaîtra n’existe pas encore. Elle se développe entre le milieu du IIIe siècle et l’avènement de Grégoire le Grand en 590, notamment sous Léon Ier. L’évêque de Rome, successeur de Pierre selon Matthieu 16:18-19, devient le chef de toute l’Église d’Occident.

Aux XIIIe et XIVe siècles émerge l’idée d’infaillibilité pontificale, qui ne sera définie comme dogme qu’en 1870. Le pape dispose aussi d’un pouvoir temporel. Être déclaré hérétique signifie alors être exclu de toute la société. L’unité de la foi est plus facile à garantir.

La logique catholique

L’argument catholique mérite d’être présenté sérieusement. Un texte ne s’interprète pas tout seul. Quand des lectures opposées apparaissent, qui tranche ? Pour la théologie catholique, le Christ a confié à son Église, et en particulier aux successeurs de Pierre et des apôtres, la mission de garder et d’interpréter fidèlement la révélation, avec l’assistance du Saint-Esprit.

Dans cette perspective, l’Écriture et la tradition ne sont pas deux révélations concurrentes, mais deux voies par lesquelles la même parole de Dieu est transmise. Le Magistère, c’est-à-dire l’autorité d’enseignement de l’Église, n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais à son service. C’est ce qu’affirmera le concile Vatican II dans Dei Verbum (1965).

Une Bible devenue lointaine

Dans la pratique, à la fin du Moyen Âge, la Bible s’est éloignée des fidèles. La liturgie est en latin, langue que le peuple ne comprend plus. Des rites, des légendes et des dévotions prennent une place considérable. Certains clercs eux-mêmes connaissent mal le texte biblique. C’est ce décalage que dénonceront les réformateurs.

Tradition I et tradition II

Le théologien protestant Keith Mathison propose une distinction utile :

  • Tradition I : l’Écriture est la seule source de révélation, interprétée dans l’Église et selon la règle de foi. C’est, selon lui, la position de l’Église ancienne.
  • Tradition II : la tradition est une seconde source de révélation, à côté de l’Écriture.

Pour Mathison, le conflit du XVIe siècle n’oppose donc pas l’Écriture à la tradition, mais deux conceptions de la tradition. Cette lecture est discutée par les théologiens catholiques, mais elle aide à situer le débat.

Le concile de Trente

Ouvert en 1545 par Paul III, le concile de Trente répond aux réformateurs. Selon Victor Baroni, il doit trancher quatre questions :

  1. Les limites du canon : les réformateurs rejettent les livres deutérocanoniques, Trente les confirme.
  2. La place de la tradition : Trente affirme que la révélation est contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites.
  3. La Bible de référence : Trente déclare la Vulgate authentique pour l’usage public de l’Église.
  4. L’interprétation : nul ne doit interpréter l’Écriture contre le sens que tient l’Église.

À retenir

  • Entre le IIIe et le VIe siècle, l’évêque de Rome devient peu à peu le chef de l’Église d’Occident.
  • Aux XIIIe et XIVe siècles émerge l’idée d’infaillibilité pontificale.
  • Pour la théologie catholique, Écriture et tradition sont deux voies d’une même révélation, interprétées par le Magistère.
  • Keith Mathison distingue une « tradition I », qui interprète l’Écriture, et une « tradition II », source de révélation à part entière.
  • Le concile de Trente (1545-1563) répond aux réformateurs sur le canon, la tradition, la Bible de référence et l’interprétation.

Pour réfléchir

  • L’argument catholique dit qu’un texte a besoin d’un interprète garanti. Qu’en pensez-vous ?
  • La distinction entre « tradition I » et « tradition II » vous aide-t-elle à comprendre le débat ?

Pour aller plus loin

  • Keith A. Mathison, The Shape of Sola Scriptura, Canon Press, 2001.
  • Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 1965.
  • Victor Baroni, La Contre-Réforme devant la Bible, La Concorde, 1943.