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Des prophètes, des prêtres et un livre

Dans la Bible elle-même, l'autorité ne repose jamais sur le seul texte. Elle passe aussi par des personnes appelées par Dieu.

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La question « qui a autorité ? » traverse toute l’histoire de l’Église. Pour la comprendre, il faut voir qu’elle se pose déjà dans la Bible.

Avant le livre, des personnes

Dans l’Israël ancien, la volonté de Dieu passait d’abord par des personnes. Les prophètes parlaient en son nom : « Ainsi parle le Seigneur ». Les prêtres consultaient Dieu pour le peuple (Nombres 27:21 ; 1 Samuel 14:36-42), rendaient la justice (Deutéronome 17:8-12 ; 2 Chroniques 19:8-11) et bénissaient (Nombres 6:23-27). Israël n’ayant pas encore de roi, ces hommes étaient au cœur de sa vie spirituelle et civile.

Même quand une loi écrite existe, peu de gens peuvent la lire. Dans une société largement illettrée, ceux qui connaissent le texte restent les intermédiaires.

Le texte lu et expliqué

Quand Esdras lit la Loi au peuple (Néhémie 8), des lévites l’expliquent. L’autorité est alors partagée : le texte dit, mais ceux qui l’expliquent orientent ce que le peuple comprend. Une même phrase peut changer de sens selon l’interprète. L’interprète n’est donc jamais neutre.

La triple Torah du judaïsme rabbinique

Le judaïsme rabbinique, qui se forme dans les premiers siècles de notre ère, assume pleinement cette réalité. Selon l’Encyclopedia of Judaism, la Torah s’y exprime de trois façons :

  1. Les Écritures, la Torah écrite.
  2. La tradition orale, mise par écrit dans la Mishna puis commentée dans les Talmuds.
  3. Les rabbins, vus comme « l’incarnation humaine de la Torah ».

Le maître n’est pas au-dessous du texte : il en est l’expression vivante. Sa conduite devient un modèle à imiter. Le judaïsme rabbinique n’est donc pas seulement une religion du livre, mais aussi une religion de la tradition, organisée de façon pyramidale.

Jésus : le texte et sa propre parole

Jésus se réfère sans cesse aux Écritures. Il affirme qu’elles « ne peuvent être anéanties » (Jean 10:35) et qu’il n’est pas venu abolir la Loi (Matthieu 5:17). Mais il parle aussi avec une autorité qui lui est propre : « Vous avez entendu qu’il a été dit… Mais moi, je vous dis… » (Matthieu 5:21-48). Les foules s’étonnent qu’il enseigne « comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes » (Matthieu 7:29).

Pour ses disciples, Jésus devient une sorte de canon vivant : la règle à suivre, et la clé pour lire les Écritures.

Dès l’origine, donc, l’autorité est double : un texte reconnu comme venant de Dieu, et des personnes qui le transmettent, l’expliquent et parfois le dépassent. Toute l’histoire qui suit consiste à articuler ces deux pôles.

À retenir

  • Dans l’Israël ancien, prophètes, prêtres et lévites étaient les intermédiaires entre Dieu et le peuple.
  • Quand la Loi est lue en public, ceux qui l’expliquent partagent son autorité.
  • Le judaïsme rabbinique reconnaît trois formes de la Torah, les Écritures, la tradition orale et les rabbins eux-mêmes.
  • Jésus s’appuie sur les Écritures mais parle aussi avec une autorité propre.

Pour réfléchir

  • Dans votre vie de foi, qui ou quoi fait autorité en pratique ? Le texte, un pasteur, une tradition, votre conscience ?
  • Une autorité humaine peut-elle être nécessaire sans être infaillible ?

Pour aller plus loin

  • James Barr, Holy Scripture. Canon, Authority, Criticism, Oxford University Press, 1983.
  • Jacob Neusner et al., The Encyclopedia of Judaism, Continuum, 1999, article « Torah ».