Après la mort des apôtres, comment savoir ce qu’ils avaient vraiment enseigné ? Les premières générations chrétiennes ont répondu en associant trois sources d’autorité.
Trois autorités ensemble
Chez les Pères apostoliques, à la fin du Ier et au début du IIe siècle, l’autorité est triple :
- Les paroles de Jésus, citées souvent de mémoire.
- Les Écritures, c’est-à-dire d’abord l’Ancien Testament, puis progressivement certains écrits des apôtres.
- Les évêques, successeurs des apôtres.
Ignace d’Antioche insiste fortement sur ce troisième point : l’évêque est pour lui le représentant de Dieu dans l’assemblée. Polycarpe, plus proche des textes, cite déjà les lettres de Paul comme « Saintes Écritures ».
La succession apostolique
Face aux gnostiques qui se réclament de traditions secrètes, Irénée de Lyon avance un argument simple. Les apôtres ont fondé des Églises et leur ont confié des évêques, qui ont transmis l’enseignement à leurs successeurs. On peut nommer cette chaîne. À Rome, les apôtres ont confié la charge à Lin, puis à ses successeurs : « C’est dans cet ordre et par cette succession que la tradition ecclésiastique issue des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu’à nous. »
Irénée ajoute que l’Évangile a d’abord été prêché, puis mis par écrit « pour être le fondement et la colonne de notre foi ». Écriture et tradition ne s’opposent pas : l’une est la forme écrite de l’autre.
Pourquoi les Écritures comptent
Un point est frappant : les premiers Pères ne citent pas les Écritures parce qu’elles sont des Écritures, mais parce que leurs auteurs sont dignes de confiance, liés aux apôtres. Tertullien refuse à Luc le rang d’apôtre : il n’est qu’un « homme apostolique », un disciple. Le texte vaut par le lien de son auteur avec le Christ.
Comme l’écrit J. N. D. Kelly, rien ne permet de penser que l’Église primitive limitait le témoignage apostolique aux seuls documents écrits. Logiquement comme chronologiquement, le témoignage précédait les documents.
Pas de conflit
L’historien Albert Outler le résume ainsi : à cette époque, il était « tout simplement impossible d’imaginer un conflit entre l’Écriture chrétienne et la tradition chrétienne, et donc nul besoin de choisir entre elles ».
Partout, toujours, par tous
Au Ve siècle, Vincent de Lérins propose un critère pour reconnaître la vraie foi : ce qui a été cru partout, toujours et par tous. Le principe est séduisant : il protège contre les nouveautés.
Il pose toutefois des questions. Qui peut savoir ce que tous ont toujours cru ? Les désaccords entre Orient et Occident, et au sein des Églises locales, ont été constants. Et la majorité a-t-elle forcément raison ? Jésus lui-même a contredit les opinions dominantes de son temps. Le critère de l’ancienneté rejoint les premiers critères du canon. Celui du nombre est plus fragile.
À retenir
- Les Pères apostoliques reconnaissent trois autorités, les paroles de Jésus, les Écritures et les évêques.
- Irénée défend la succession apostolique, une chaîne d’évêques qui garantit la fidélité à l’enseignement des apôtres.
- Les Écritures comptent parce que leurs auteurs sont liés aux apôtres.
- Pour l’historien Albert Outler, on ne pouvait alors imaginer de conflit entre Écriture et tradition.
- Vincent de Lérins définit la foi catholique comme ce qui a été cru partout, toujours et par tous.
Pour réfléchir
- Le critère de Vincent de Lérins vous paraît-il applicable aujourd’hui ? Quelles difficultés pose-t-il ?
- Peut-on avoir confiance dans les Écritures sans avoir confiance dans ceux qui les ont transmises ?
Pour aller plus loin
- J. N. D. Kelly, Early Christian Doctrines, 5e éd., Continuum, 2000, chap. 2.
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, chap. 1-4.
