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Sola Scriptura, ce que les réformateurs voulaient dire

L'Écriture seule ne signifiait pas l'Écriture sans interprète. Comprendre ce principe permet de dépasser bien des caricatures, dans les deux camps.

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Pour les protestants, Sola Scriptura, « l’Écriture seule », est l’un des principes fondateurs de la Réforme. C’est aussi l’un des plus mal compris, par ses adversaires comme par ses défenseurs.

Des indulgences à l’autorité

Tout commence par une question de salut. Pour Luther, on ne gagne pas la grâce par des œuvres : on la reçoit dans l’humilité. Il conteste donc la vente des indulgences. Mais en contestant les indulgences, il conteste l’autorité qui les justifie.

En 1518, le cardinal Cajetan lui oppose une bulle du pape Clément VI. Luther refuse : une décision humaine, même pontificale, ne peut pas l’emporter sur l’Écriture. En 1520, il dénonce les papes qui « veulent être les seuls maîtres de l’Écriture sainte, bien qu’ils n’en apprennent rien de toute leur vie ». Et il ajoute : si le pape ne pouvait jamais se tromper, à quoi serviraient les Écritures ?

Ce que Sola Scriptura affirme

Selon Keith Mathison, la position des réformateurs rejoint celle de la majeure partie de l’Église ancienne : l’Écriture est la seule source de la révélation, la norme ultime de la doctrine et de la pratique, qui doit être interprétée dans l’Église et selon la règle de foi.

Les réformateurs ne rejettent donc pas toute tradition. Ils citent abondamment les Pères. Ils rejettent l’idée qu’une autorité humaine puisse se placer au-dessus de l’Écriture, ou lui ajouter des doctrines qu’elle ne contient pas.

L’objection catholique

L’objection est sérieuse : si chacun interprète, qui tranchera les désaccords ? Un texte n’est rien sans lecteur, et les lecteurs divergent. L’histoire du protestantisme, avec ses nombreuses dénominations, semble lui donner raison.

Les réformateurs en étaient conscients. Luther en appelle à l’Esprit pour interpréter l’Écriture, Zwingli ajoute la philologie, Calvin le bon sens. Ils répondent aussi que le vrai sens de l’Écriture a parfois été saisi par des laïcs pieux sans instruction : l’Esprit n’agit pas seulement à travers les clercs.

Surtout, ils fondent des écoles pour former des pasteurs compétents et rédigent catéchismes et confessions de foi. Sola Scriptura ne veut pas dire lire sans interprète. Cela veut dire qu’aucun interprète n’est au-dessus du texte.

Luther et la hiérarchie des livres

Un fait est souvent oublié. Dans sa traduction du Nouveau Testament de 1522, Luther place à part, sans numéro, Hébreux, Jacques, Jude et l’Apocalypse. Il appelle Jacques « une épître de paille » et dit de l’Apocalypse qu’il n’y trouve rien d’apostolique ni de prophétique. Son critère : ces livres ne mettent pas assez le Christ en avant.

Il ne les retire pas du canon. Comme Augustin avant lui, il admet que tous les livres n’ont pas le même poids, et soumet son jugement à celui de l’Église qui l’a précédé.

Pour conclure

Catholiques et protestants partagent plus qu’on ne le pense : la conviction que l’Écriture est parole de Dieu, et qu’elle doit être lue dans la communion de l’Église. Ils divergent sur la question de savoir qui a le dernier mot. Comprendre les raisons de l’autre est déjà un pas vers une lecture plus fidèle.

À retenir

  • La rupture part des indulgences, mais elle touche vite la question de l’autorité.
  • Pour Luther, aucune autorité humaine, pas même celle du pape, ne peut dépasser l’Écriture.
  • Sola Scriptura ne veut pas dire lire sans interprète. Aucun interprète n’est au-dessus du texte.
  • Les réformateurs insistent sur l’Esprit, la philologie, la formation et le bon sens.
  • Luther lui-même hiérarchise les livres du Nouveau Testament.

Pour réfléchir

  • En quoi l’objection catholique, « qui interprète ? », reste-t-elle un défi pour les Églises protestantes ?
  • Que pourriez-vous reprendre de chaque tradition pour lire l’Écriture de manière fidèle ?

Pour aller plus loin

  • Keith A. Mathison, The Shape of Sola Scriptura, Canon Press, 2001.
  • Martin Luther, À la noblesse chrétienne de la nation allemande, 1520.
  • Euan Cameron, The European Reformation, Oxford University Press, 1991.